La montagne d’or : une défaite pour l’environnement

Se présentant sous un nom évocateur et grandiloquent, la « Montagne d’Or » est un projet d’exploitation minière controversé au cœur de la Guyane française, mêlant des enjeux économiques, écologiques et sociaux. Il convient toutefois de commencer par une courte rétrospective sur l’histoire du projet, afin de mieux comprendre pourquoi les citoyens du département d’outre-mer s’y sont vivement opposés.

L’histoire économique contemporaine guyanaise est intrinsèquement liée à l’or et à son extraction, l’exploitation aurifère, pratiquée de manière légale ou non, existant sur ce territoire depuis un peu moins de 200 ans. Cependant, le temps de la ruée vers l’or où l’on filtrait le sable des rivières au tamis est presque révolu, laissant place à des exploitations de plus grande envergure : les mines à ciel ouvert. Le groupe Montagne d’Or, composé de l’entreprise canadienne Columbus Gold et de l’entreprise russe NordGold, a justement proposé à l’État français d’installer une de ces mines dans le nord-ouest de la Guyane, en pleine forêt amazonienne. A première vue ce chantier, qui débuterait en 2019 et durerait une douzaine d’années, semblerait être bénéfique pour tous. En effet, le projet pourrait être très prolifique pour les deux multinationales puisqu’on estime qu’un peu moins de sept tonnes d’or seraient extraites du site annuellement. Le cours actuel de l’or rayonnant aux alentours de 38 000 USD/kg, il est facile d’estimer l’énorme recette potentielle que représenterait cette mine. De plus, cette dernière, qui serait alors la plus grande de France, offrirait l’opportunité de lutter contre le chômage en Guyane, où la proportion de demandeur d’emploi culminait à 22% fin 2017. Selon ses promoteurs, le projet permettrait ainsi de créer 750 emplois directs, c’est-à-dire implantés sur le chantier lui-même, et 3 000 emplois indirects liés à l’activité économique du secteur. C’est essentiellement cet argument qui a incité Emmanuel Macron en 2015, alors ministre de l’Economie, à annoncer vouloir « tout faire pour qu’un projet de cette envergure puisse voir le jour. »

Nous pouvons alors nous demander pourquoi ce projet est-il l’objet de tant de controverses. Premièrement, la volatilité du cours de l’or peut créer une véritable incertitude quant à la réelle rentabilité du projet, et donc une incertitude sur les retombées fiscales attendues par les finances publiques, comme le rappelle WWF France. Cependant, les controverses économiques ne seront pas étudiées en détail dans cet article. Seuls seront traités les impacts environnementaux, que nous articuleront en trois parties distinctes.

La déforestation

Pour pouvoir accéder aux roches concentrées en or, qui se trouvent donc dans les sols, Colombus Gold devra en premier lieu raser huit km² de forêt vierge amazonienne, soit une superficie équivalente à quelque 820 terrains de football. NordGold, chargée de prélever le précieux minéral, sera ensuite amenée à y forer un trou gigantesque de 220 mètres de profondeur. La montagne dont il est question ressemblera donc en réalité à une énorme fosse stérile au milieu d’une forêt luxuriante. Ainsi, nombre d’écosystèmes seront anéantis sur place, sans parler de la sphère naturelle entourant le site qui en sera tout autant déséquilibrée.

L’utilisation du cyanure

Lorsque sont évoqués les enjeux environnementaux, la sécurité et la santé des populations humaines se retrouvent au cœur des préoccupations. Il n’est pas seulement question de protéger la faune et la flore sauvages, contrairement à des idées populaires. L’élément qui présente le plus de risque pour les Guyanais reste l’utilisation de cyanure au sein de la mine. Il est en effet courant que cet élément très nocif soit dilué dans d’énormes quantités d’eau afin de filtrer les amas de roches recelant le précieux minéral. La boue toxique qui résulte de ce processus est ensuite stockée dans un immense lac artificiel aux abords du site, qui restera sur place des dizaines d’années après la fin de l’extraction. Dans notre cas, le lac se situerait dans une région aux conditions météorologiques relativement instables, propice aux pluies extrêmes. Ainsi, selon l’association Maïouri Nature Guyane, on ne peut exclure la possibilité que le lac toxique déborde, ou pire, que les digues maintenant l’intégrité de la structure cèdent. Pour illustrer les conséquences qu’un tel drame provoquerait, prenons un court moment pour rappeler la catastrophe survenue au Brésil le 5 novembre 2015 dans l’Etat de Minas Gerais. Ce jour-là, une immense vague de 56,6 millions de mètres cubes de déchets miniers s’est déversée dans le fleuve Rio Doce suite à la rupture d’un barrage de retenue d’eau similaire. Ce tsunami de boue toxique a alors dévasté une quarantaine de municipalités, emportant 19 vies humaines dans son sillage. Au-delà de ces dégâts directs, le fleuve est désormais contaminé par différentes substances nocives pour une durée encore indéterminée. Ainsi, la pêche devenue interdite et l’agriculture ne pouvant plus dépendre du fleuve pour hydrater terres et animaux, c’est l’essence même de toute une région qui périt ce jour-là. Cet exemple récent nous sert de mise en garde, et bien que le groupe Montagne d’Or affirme que son projet respectera les normes les plus strictes de sécurité, « Le drainage minier acide peut durer des centaines d’années, et c’est très difficile à maîtriser », affirme Thibault Saint-Aubin, de l’association Ingénieurs sans frontières.

La consommation d’énergie

Environ 8.5% de la consommation électrique de la Guyane et 142 millions de litres de fuel seront nécessaires pour alimenter l’énorme machinerie présente sur le site, selon Novethic. L’association Sauvons la Forêt estime de plus que près de 140 000 litres d’eau par heure et un total de 46 500 tonnes de cyanure seront employés pour extraire le précieux minéral.

Qu’en pensent les politiques ?

Comme nous l’avons mentionné précédemment, Emmanuel Macron était déjà favorable au projet en 2015 et n’a pas semblé changer d’avis après son élection en tant que Président de la République, s’exprimant de nouveau en 2017 : « C’est un projet qui, je le pense, sur ses fondamentaux, peut être bon pour la Guyane ». C’est aussi l’avis d’une majorité d’élus guyanais dont celui de Rodolphe Alexandre, le Président de la Collectivité Territoriale. Cependant, les ministres de l’environnement Ségolène Royale puis Nicolas Hulot ont quant à eux manifesté publiquement leur réticence ; la première précisant qu’il faudrait vérifier les engagements de la compagnie minière concernant le nombre d’emplois promis aux Guyanais, et le second stipulant que les impacts environnementaux ne pouvaient être contrebalancés par un bénéfice économique « assez réduit ».

Qu’en pensent les principaux concernés ?

Des groupes d’opposition au projet ont vu le jour, comme le mouvement Or de question soutenu par 110 organisations nationales et internationales. Ce collectif citoyen a publié sur son site une lettre exigeant au Président de la République d’abandonner le projet. A ce jour, cette pétition a récolté près de 300 000 signatures. De plus, selon un sondage Ifop réalisé pour WWF France datant de juin 2018, environ 69% des Guyanais interrogés sur la Montagne D’Or se disaient opposés au projet.

Face à l’ampleur de la contestation sociale et une étude incomplète de la part de la compagnie minière concernant les impacts environnementaux, le gouvernement a annoncé prendre une décision finale à l’automne 2018. Ce nouveau délai aura en effet permis l’organisation de débats publics en Guyane ainsi que la remise du dernier rapport d’expertise. Emmanuel Macron, élu cette année Champion de la Terre par l’ONU, s’est récemment révélé être moins catégorique, annonçant : « […] seules des exploitations exemplaires en terme environnemental et socio-économique pourront être envisagées en France ».

par Anthony Ruiz

La Montagne D_or _ une défaite pour l_environnement. Anthony Ruiz. Picture 1 _ Manifestation

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