L’Afrique : aux portes d’une nouvelle ère de croissance

Dans un article publié par le journal La Tribune en 2015, les perspectives de croissance en Afrique sont résumées dans cette phrase : « les Trente Glorieuses pour l’Afrique ». Mais a-t-on droit à cet africo-optimisme à l’heure où le continent est secoué par l’instabilité politique, des guerres civiles extrêmement meurtrières et un terrorisme qui ne cesse de changer de forme ? Les chiffres de croissance du début des années 2000 ne suffisent-ils pas pour nous inciter à rompre avec la vision africo-pessimiste qui a forgée les esprits durant les périodes postcoloniales ? L’objet de cet article est d’essayer de présenter un condensé des prévisions de croissance concernant l’Afrique dans les trente prochaines années.

Peuplée de 1,2 milliard d’individus en 2016, l’Afrique est aujourd’hui le continent qui concentre le plus grand nombre d’enfants non scolarisés dans le monde avec 58% du total des enfants non scolarisés. Il s’agit également du continent où 60% de ses habitants vivent dans des bidonvilles, où seules deux personnes sur trois ont accès à l’électricité, où 36% seulement bénéficient de l’accès à l’eau potable… Cette image trop souvent attribuée à l’Afrique peut s’expliquer par différents facteurs. Sur un premier plan, apparaissent les politiques en matière d’éducation jugées laxistes et peu efficaces dans la majorité des Etats africains. En effet, le peu de moyens financiers octroyés à l’investissement dans l’éducation ou plus globalement dans le capital humain est responsable de carences pharaoniques en matière de compétences et de formation aux différentes exigences du marché du travail (d’où la forte dépendance en matière de soins médicaux envers les pays développés, notamment la France). De plus, la corruption aggrave l’effet du manque de fonds car elle vient éroder ceux qui existent, ce qui fait que les politiques économiques de relance menées par les gouvernements en place, même si bienveillantes, se sont trop souvent conclues par un échec. L’effet de ce retard éducatif se fait particulièrement sentir dans le domaine de la santé, comme le soulignent les difficultés d’une bonne partie d’Etats Africains à faire face à des crises sanitaires comme Ebola.

Cependant, malgré ce morne tableau, de récentes prévisions prédisent un décollage sans précédent pour l’Afrique. En effet, l’Afrique est aussi un continent qui a montré une volonté réelle depuis le début des années 2000 de s’attribuer une étiquette plus respectueuse et digne de son histoire que celle de « continent pauvre ». Ajouter à cette nouvelle ambition les immenses réserves énergétiques (fossiles et renouvelables) dont elle dispose, pour entrer dans cette ère d’espoir.

Au-delà de la volonté manifeste des Etats africains et des ressources à leur portée, c’est avant tout le potentiel humain futur sur lequel repose cet espoir de décollage économique. En effet, les prévisions démographiques prédisent qu’en 2050, plus de 2 milliards des habitants sur Terre seraient des africains, soit environ une personne sur trois. Mais on pourrait se poser la question : en quoi cela peut-il représenter un avantage ? Tout d’abord, cela signifie selon les statistiques qu’il y aurait 20 millions de nouveaux entrants annuels sur le marché du travail africain, ce qui constitue un immense potentiel et une grande opportunité. Certains pays en ont d’ores et déjà pris conscience. On peut particulièrement mentionner à cet égard la Chine, qui depuis quelques années a commencé à multiplier ses investissements en Afrique, par exemple dans le cadre de l’initiative du « One Belt, One Road »:  la nouvelle route de la soie. Il s’agit d’un plan de financement massif d’infrastructures et de prise de capital dans des grandes entreprises de la région, lancé en 2013 par le président chinois, Xi Jinping. Au-delà des avantages commerciaux que cela procurerait à la Chine, cet investissement intense dans le continent noir, comme le laissent entendre Serges Michel et Michel Beuret dans leur livre La Chinafrique : Pékin à la conquête du continent noir, vise également à permettre aux entreprises  chinoises de délocaliser une partie de leur activité en Afrique pour faire face à la hausse récente du coût de main-d’œuvre en Chine. L’Afrique pourrait être, dans les prochaines années, la nouvelle usine du monde, comme le suggère Le Monde en octobre 2017. Toutefois, certains économistes prédisent que le développement économique de l’Afrique ne suivra pas le modèle postindustriel de la Chine et des pays émergents. La différence entre les deux modèles est que dans le cas de l’Afrique, la croissance ne se réalisera pas sur la base de la surexploitation des travailleurs avec des salaires faibles. Ils prévoient que le modèle économique africain sera basé sur les énergies renouvelables (grande ressource du continent) dont une exploitation optimale requiert un certain niveau de maitrise du numérique et de la robotique. Le second avantage que représente cette transformation démographique est relatif à la demande intérieure : les prévisions estiment qu’il y aura dans les prochaines années 1,4 milliard d’individus qui vont appartenir à la classe moyenne, au lieu de 300 millions aujourd’hui, soit de nouveaux consommateurs potentiels.

Malgré tout; l’Afrique devra faire face dans les prochaines années à trois défis : la démographie, la finance et le commerce. L’immense augmentation de la population africaine, accompagnée par le développement économique, entrainera de forts mouvements d’exode rural. Plus précisément, il est estimé qu’une personne sur deux vivra en ville d’ici 2050, ce qui représente un défi important, puisqu’il faudra adapter la production pour pouvoir répondre à la demande de ces nouveaux citadins. Il s’avère également nécessaire de lancer dès à présent de grands projets d’infrastructures et de construction de logements pour anticiper cette arrivée. Il s’agit d’un point extrêmement sensible dont l’ignorance exposerait les villes africaines à des problèmes de tout ordre : fonctionnement de l’activité économique et sécurité.

De plus, malgré le fait qu’un certain nombre d’innovations financières intéressantes ont pour berceau l’Afrique à l’instar du porte-monnaie électronique M-Pesa (2007), le système financier africain reste peu compétitif à l’échelle mondiale. Les taux de bancarisation sont très faibles : seule une personne sur cinq possède un compte bancaire. Également, les modes de financement informels (prêts familiaux) restent les plus dominants, même si dans certains cas ils prennent des formes conventionnelles comme le « crowdfunding ». Toutefois, il conviendra de réformer en profondeur ces systèmes. L’actuel système se montre dans l’incapacité de concevoir des méthodes optimales pour orienter l’épargne intérieure, susceptible de considérablement augmenter, vers les projets les plus prometteurs. Développer un système financier performant semble être une nécessité pour assurer un décollage économique sans entrave.

Le troisième et dernier majeur défi à considérer est l’organisation des marchés africains eux-mêmes. Le retard en matière d’intégration commerciale de l’Afrique est particulièrement dû aux fragmentations des marchés africains. Le nombre de petits commerces étant extrêmement élevé, les entreprises africaines sont dans l’incapacité à faire face à la concurrence mondiale, voire régionale. Ainsi, durcir la réglementation sur l’ouverture d’entreprises et encourager certaines des existantes à mettre en commun leurs ressources pourrait permettre aux pays africains d’augmenter leur part dans le commerce international.

Finalement, l’Afrique dispose certes d’un potentiel considérable pour embrasser une nouvelle ère de son histoire marquée par la prospérité, mais cela ne sera pas sans embûches.

par Aicha Saad

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