« Mon duvet c’est ma maison »

Samedi 25 novembre au soir, la Croix-Rouge descend la rue Pargaminières en vue d’offrir boissons chaudes, encas et moments agréables aux personnes vivant dehors. 2°C au tableau de bord : recommence alors le casse-tête de l’attribution des duvets. Qui aura chaud cette nuit ?Dans le véhicule de la Croix-Rouge, le chauffage est allumé. Dehors, les températures avoisinent les négatives. Pourtant, Giovanni et Camille habitent ici, dans la rue, par terre. Leurs yeux fatigués s’illuminent à l’arrivée des bénévoles.  “Un sandwich et une soupe s’il vous plaît.” Trois fois par semaine, bénévoles et sans-abris partagent une courte discussion. Emmitouflé dans de grands pulls, capuches et écharpes, le visage de Giovanni est marqué par ces quelques 400 nuits passées dans la rue. Le crâne à moitié rasé, les mains tremblantes, Camille raconte sa journée. La buée qui sort de leur bouche porte l’odeur de l’alcool : « Désolé pour l’alcool m’dame y’a qu’ça qui réchauffe » Viens alors très vite la requête du duvet : ce soir, les bénévoles n’en auront pas à leur proposer. Les maraudes hivernales sont synonymes de distribution de duvet aux yeux des bénéficiaires. Pourtant, cette nuit, seules quatre personnes désignées par le SAMU social jouiront de ce confort. En effet, la préfecture de Toulouse finance pour la Croix-Rouge une centaine de duvets par an, chiffre en baisse. Le 115 est donc chargé d’identifier les personnes prioritaires qui n’ont jamais reçu de duvet. Jamais reçu ? Oui, les vols font partis du quotidien difficile des personnes sans-abri. « Ici, ça va, y’a pas trop d’vols. », affirme Giovanni.

1 duvet = drogue, alcool ou cigarettes

Les vols de vêtement et de kit d’hygiène sont récurrents. Mais, le gros lot reste l’objet de survie : le duvet. Leur valeur est souvent mesurée à l’aide de paquets de cigarettes ou de bouteilles d’alcool. Le SAMU social tente de réduire ce trafic en relevant le nom de chaque personne propriétaire de duvet. Les bénévoles de la Croix-Rouge doivent alors se renseigner avant chaque don. Le responsable de la maraude se garde tout de même le droit d’attribuer un duvet par soir à la personne de son choix. Mais comment choisir le bénéficiaire ? Le bénévole référent fait confiance à son expérience : il reconnaît les sans-abri aux fâcheuses attentions. Camille et Giovanni ne lui paraissent pas mauvais, mais ils arrivent malheureusement après une famille avec trois enfants. Le ton monte alors dans la voix de l’homme, conscient de la froide nuit qui l’attend. Il est temps pour les bénévoles de partir. La porte du véhicule se referme, mais on peut entendre hurler Giovanni : « on n’a pas de duvet, on n’a pas à manger, on n’a rien, on est dans la merde. »

 par Marion Meyer

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