Le 22 janvier, au soir du premier tour de la primaire de la Belle Alliance Populaire, le Président de la Haute Autorité des Primaires citoyennes, Thomas Clay, déclarait : « La primaire est entrée dans les mœurs des français et constitue un acquis démocratique. »

Développées dans de nombreux pays européens, les primaires ouvertes permettent aux citoyens, sans conditions d’appartenance, de désigner leurs leaders politiques. Cependant ces primaires restent l’apanage des partis dominants, les seuls capables de mettre en place une logistique aussi lourde. Dès lors, en tant que citoyen, il convient de s’interroger sur ces primaires qui structurent la vie politique française. Constituent-elles réellement « un acquis démocratique » ? Ou n’est-ce qu’une illusion ?

Les primaires sont le fruit de plusieurs évolutions politiques de fond

La configuration politique actuelle oblige les différents partis politiques à s’unir autour d’un leader commun, désigné par les citoyens. En effet, avec la montée du Front National, ce sont trois blocs équivalents, pesant chacun entre 20 % et 30 % de l’électorat, qui s’affrontent. Sous cette conjoncture, la division au premier tour conduit à une défaite assurée. Les partis doivent donc faire preuve d’unité afin d’assurer leur présence au second tour. S’ajoute à cette configuration un affaiblissement des partis politiques. Selon l’Institut Montaigne et le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), seulement 12 % des citoyens font confiance aux partis politiques. Cette défiance peut s’expliquer par les nombreuses irrégularités enregistrées dans les votes internes de ces mêmes partis. De plus, la base militante de ces partis, jugée trop éloignée des citoyens, s’est appauvrie. Face à cette défiance, les partis ont perdu leur principale prérogative : la désignation de leur candidat aux élections présidentielles. Pour Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université de Lille 2, organiser des primaires représente un « aveu d’impuissance, voire une stratégie de survie » pour les partis politiques.

L’émergence d’une démocratie d’opinion et d’une personnalisation tous azimuts

Par nécessité pour les partis, la démocratie participative s’est imposée. Cette volonté de faire émerger un leader par des primaires ouvertes mène les partis à se placer dans une logique d’opinion, avec les risques que cela comporte. Pour Anne Muxel, directrice de recherche au CEVIPOF, « l’électeur d’aujourd’hui est à la fois plus réflexif et plus imprévisible, au nom de sa volonté croissante de peser sur l’élection ». Le principal risque est donc la versatilité de l’opinion qui entraine, dans des laps de temps très court, des retournements saisissants. Pour convaincre ce nouvel électorat, les candidats tentent de se distinguer par des contributions personnelles versées au débat d’idées, au risque de tomber dans le populisme et au prix d’une concurrence acharnée. Dès lors, ces primaires personnalisent les campagnes des candidats tandis que la dimension collective et partisane du projet politique est mise de côté.

 

Des électeurs sociologiquement typés

Pour ses partisans, les primaires ont principalement pour but de réconcilier les citoyens avec les partis. Or, force est de constater que cet exercice ne permet pas de reconnecter les catégories populaires et la jeunesse avec la politique. Les électeurs qui se déplacent ont un intérêt marqué pour la politique, leur permettant de se forger une opinion entre des candidats d’une même famille politique. Il s’agit donc de certaines catégories de la population : urbaine, intégrée, aisée et informée. Pour le Think Tank Terra Nova, qui a étudié le taux de couverture en bureaux de vote par habitants, « la primaire de la droite et du centre a enfermé l’élection dans un “bocal sociologique” en sélectionnant les publics susceptibles d’y participer ». Déjà, lors de la primaire de la gauche de 2011, alors qu’il y avait en moyenne 512 votants par bureau de vote, la Seine-Saint-Denis (département le plus pauvre de France) n’en comptait que 270. Selon Rémi Lefebvre, les primaires permettent donc aux partis de « justifier l’incapacité à élargir la base ou l’abandon de la vocation à défendre les catégories populaires devenues politiquement minoritaires et donc négligeables bien qu’elles soient socialement majoritaires ».

 

Vers une lassitude politique des Français ?

Enfin, avec la primaire, l’élection présidentielle dure un an. La primaire de la droite a commencé en juin 2016 et les élections législatives se termineront en 2017. Une année de surmédiatisation et de déluge rhétorique permettra-t-elle de reconnecter réellement les français avec la politique ?

 

by Arthur Dinhof

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